Les tests de résistance
Il s'agit cependant, malgré ces réserves, d'un premier pas dans la bonne direction – à supposer qu'un large dialogue s'établisse sur les tests et leurs résultats au niveau de l'Europe tout entière.
Reste que cela ne doit pas suffire à clore le débat sur les risques du nucléaire. Un calcul simple proposé par Paul Jorion sur son blog montre qu'au plan mondial la probabilité d'un accident majeur dans le monde, pour 443 réacteurs installés, est de 8,4% par an, ce qui n'est pas négligeable(1).
Les centrales de type Tchernobyl
Mais les risques de type Tchernobyl sont infiniment plus grands en Russie. Ils ne concernent pas seulement ce pays mais l'Europe tout entière puisque les nuages ne reconnaissent pas les frontières. On dénombre actuellement dix centrales nucléaires en activité en Russie, dont huit dans la partie européenne du pays. Elles comprennent au total 31 réacteurs, dont onze utilisent la technologie RBMK de première génération, identique à celle du réacteur 4 de Tchernobyl. Ces réacteurs sont structurellement dangereux car ils ne sont pas dotés de dômes de protection. La Russie cherche néanmoins à prolonger la durée de vie de plusieurs d’entre eux. Elle envisage par ailleurs de construire 40 nouveaux réacteurs (utilisant une autre technologie) d’ici 2030. Seront-ils construits avec des technologies récentes supposées être plus sûres ? (voir note (2) ci-dessous).
La même question se pose à propos de l’Ukraine. En échange de la fermeture définitive du site de Tchernobyl en décembre 2000 (soit quatre réacteurs de type RBMK), ce pays a obtenu une aide de l’Union européenne pour achever la construction de deux réacteurs à Rovne et Khmelnitski. Elle ambitionne d’en construire onze autres, doublant ainsi sa capacité d’ici 2030.
Le coût de la sécurité dans les nouvelles centrales
La question se posera prochainement en Europe. Quel type de centrale retiendra la Grande Bretagne, qui semblait jusqu'à ces dernières semaines envisager une relance du nucléaire ? On pourrait craindre que par souci d'économie, le gouvernement conservateur actuel adopte des solutions bon marché et donc peu sûres.
Nous pensons que l'ensemble de ces questions devraient être mises rapidement sur la table dans la discussion s'engageant actuellement entre pro- et anti-nucléaire. L'adoption de solutions à sécurité accrue coûtera nécessairement plus cher, ce qui se répercutera sur le prix du Kwh(3). Mais pour les pays qui ne renonceront pas dans l'immédiat au nucléaire - quels que soient par ailleurs les investissements consentis en faveur des technologies vertes - il s'agira d'une dépense incontournable.
(1) Selon Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/):
"J’ai proposé à la discussion la question suivante; Quelle est la probabilité durant une année quelconque qu’il y ait un accident nucléaire majeur, connaissant la probabilité d’accident majeur par réacteur et le nombre de réacteurs en service ?
Comme je n’ai plus fait de combinatoire depuis longtemps, je demandais aux commentateurs de me corriger si nécessaire. L'un d'eux m’assure que ma formule est correcte, je la reproduis donc ici.
· R = risque d’accident majeur durant une année x
· p = probabilité d’accident sur une année pour un réacteur
· n = nombre de réacteurs
R(n) = 1 – (1-p)^n
Disons que le risque pour un réacteur est d’un accident majeur tous les cinq mille ans. S’il n’y a qu’un réacteur au monde, le risque d’un accident majeur pour une année x est de 0,2 %o. Si j’ai 443 réacteurs en service dans le monde – ce qui est apparemment le cas aujourd’hui – quel est le risque d’un accident majeur sur une année, et par exemple, sur l’année en cours ?
R(443) = 1 – (0,9998)^443 = 8,48 %
On voit donc que même avec une probabilité d’accident qui paraît extrêmement faible : un accident seulement tous les 5 000 ans pour un réacteur, on débouche pourtant sur une probabilité de 8,48 % d’accidents majeurs par an si l’on a 443 réacteurs en service, c’est-à-dire un niveau très loin d’être négligeable."
(2) On se référera à un article du NewScientist argumentant que la technologie EPR est plus sûre (relativement) que celles actuellement en service et notamment que celles de Fukushima, âgées de 40 ans (http://www.newscientist.com/article/mg20928053.700-how-newer-reactors-would-have-survived-fukushima.html).
Selon Alexis Marinvic, ingénieur en charge chez Areva, "l''European Pressurised Reactor (EPR) dispose de plusieurs niveaux de générateurs diesel susceptibles d'assurer le back-up des systèmes de refroisissement en cas de tsunami ou tremblement de terre. Ils sont situés dans des enceintes isolées entourant le coeur de centrale et susceptibles de résister notamment au crash d'un avion de ligne.
Par ailleurs l'EPR dispose de quatre circuits de secours séparés concernant l'électronique, les pompes, les valves et les canalisations de refroidissement destinés à maintenir le coeur froid en cas d' accident.
Enfin, pour éviter que l'eau de refroidissement au contact du combustible surchauffé ne se décompose comme à Fukushima en hydrogène hautement détonnant, l'EPR dispose d'un système catalytique permettant de recombiner l'H avec l'O pour reconstituer de l'eau, avant explosion. En ce qui concerne le confinement, qui s'est révélé particulièrement déficient à Fukushima, le réacteur de l'EPR est enfermé dans un container à double paroi destiné à empêcher les fuites de gaz. Il s'agit de bétons armés pré-stressés d'1m d'épaisseur, soit 2 m au total."
On peut noter que le concurrent d'Areva, Westinghouse Electric, racheté par Toshiba, propose dans la version AP1000 de son réacteur de 3e génération, dont un modèle est en cours d'installation en Chine, des solutions de même nature. Le réacteur lui-même est surmonté d'une vaste réserve d'eau douce susceptible de refroidir un certain temps le combustible en cas d'urgence.
(3) L'augmentation de ce prix aura un effet utile sur la baisse souhaitable des consommations. Il pourra être compensé par des allocations destinées aux consommateurs les plus pauvres.
Post-scriptum
Quid d'Iter ?
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